Comprendre la religion orthodoxe en Ukraine

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PEUPLES ET RELIGIONS

Pour comprendre le lien entre une société et la religion qu'elle pratique, il est utile de distinguer les religions « locales » des religions « importées ». Une religion locale naît au sein d'une communauté précise (une tribu, une cité) et reste attachée à elle : ses dieux sont ceux des ancêtres ou des protecteurs de la communauté, et on ne cherche pas à convertir les étrangers. Dans l'Antiquité, l'exil était d'ailleurs ressenti comme une peine très lourde, car il écartait le banni du culte de sa cité.

L'historien Fustel de Coulanges, dans La Cité antique (1864), a montré combien ces cultes civiques étaient liés à la vie des cités grecques et romaines. Lorsque ces cités ont perdu leur indépendance, leurs habitants se sont tournés vers d'autres cultes, notamment orientaux, puis vers le christianisme. Cette religion « importée » s'est diffusée à toute l'Europe au cours de l'Antiquité tardive et du haut Moyen Âge.

Une religion importée ne reste pas identique à elle-même : chaque société qui l'adopte la traduit dans sa langue, ses coutumes et son histoire. Le christianisme latin a connu des fractures (hérésies médiévales, puis Réforme protestante) et des traditions nationales variées, de la spiritualité des mystiques espagnols à la prédication de Bossuet. Le christianisme d'Orient a suivi son propre chemin, d'abord à Byzance, puis dans les pays slaves où il s'est implanté, dont l'Ukraine.

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LE CHRISTIANISME BYZANTIN

Jusqu'au XIe siècle, les Églises de Rome et de Constantinople restent en communion, malgré des désaccords qui s'accumulent depuis des siècles : l'étendue de l'autorité du pape, la langue de la liturgie (latin à l'ouest, grec à l'est), le pain azyme ou levé pour l'eucharistie, le célibat des prêtres, et surtout le Filioque. Cet ajout latin au Credo (le Saint-Esprit procède « du Père et du Fils ») est contesté par l'Orient, qui y voit à la fois une question de doctrine et une modification d'un texte conciliaire décidée sans concile commun.

Le 16 juillet 1054, le légat du pape, le cardinal Humbert, dépose sur l'autel de Sainte-Sophie une bulle d'excommunication visant le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, qui excommunie à son tour le légat. Cet épisode est resté dans l'histoire comme le « schisme de 1054 », mais la rupture est le résultat d'un long processus. Elle devient quasi irréversible après le sac de Constantinople par les croisés latins en 1204.

La tradition byzantine se caractérise par une liturgie solennelle (celle de saint Jean Chrysostome est la plus courante), un chant choral très présent, l'usage de l'encens et la vénération des icônes. L'iconostase, cloison ornée d'icônes, sépare la nef du sanctuaire. Sur le plan théologique, elle insiste sur le mystère de Dieu et sur la « déification » de l'être humain, c'est-à-dire sa participation à la vie divine.

Le monachisme occupe une place de premier plan. Il prend plusieurs formes : les cénobites vivent en communauté selon une règle, les ermites choisissent la solitude (déserts d'Égypte et de Palestine, grottes, montagnes), et les stylites, comme saint Syméon l'Ancien en Syrie au Ve siècle, passent des années au sommet d'une colonne pour se consacrer à la prière. Le mont Athos, en Grèce, devient l'un des grands centres de la vie monastique orthodoxe, avec la Grande Lavra, premier monastère de la péninsule, fondée en 963 par Athanase l'Athonite. L'accès y est toujours interdit aux femmes (l'Avaton), règle d'origine ancienne que les sources rattachent souvent à l'empereur Constantin IX Monomaque (milieu du XIe siècle) et qui s'inscrit dans le statut particulier garanti au Mont Athos par l'article 105 de la Constitution grecque. Dans le monde byzantin, des règles de clôture analogues ont existé : le moine Platon de Sakkoudion (vers 735-814), oncle de Théodore Studite, aurait ainsi fermé son monastère aux femmes.

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Cette tradition monastique influence profondément la spiritualité : la conversion intérieure (metanoia, changement de vie), la prière et le jeûne y tiennent une grande place. La théologie orthodoxe n'a pas développé la doctrine latine du purgatoire, ni la pratique des indulgences qui s'y rattache. Elle insiste plutôt sur la miséricorde de Dieu et sur le chemin spirituel de chaque fidèle au sein de l'Église.

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L'Église byzantine entretient par ailleurs une relation étroite avec le pouvoir impérial. L'empereur n'est pas un prêtre, mais il se considère comme le protecteur de l'orthodoxie : il convoque ou soutient les conciles et intervient dans les nominations. Cette proximité n'est toutefois pas une soumission totale, car des patriarches, des évêques et des moines n'ont pas hésité à s'opposer à l'empereur. Les différences avec l'Occident, où la papauté s'affirme comme une autorité indépendante des souverains, tiennent donc d'abord à l'histoire politique et institutionnelle de chaque région. La religion pratiquée aujourd'hui varie aussi selon les différentes régions d'Ukraine.

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L'ORTHODOXIE DANS LA RUS' DE KIEV

C'est cette tradition byzantine qui est adoptée par la Rus' de Kiev (ou Russie kiévienne) à la fin du Xe siècle. Le christianisme y était déjà présent : des chrétiens vivaient à Kiev avant 988, et la princesse Olga, grand-mère du prince Vladimir, avait reçu le baptême, selon la Chronique des temps passés, à Constantinople vers 955 (les historiens débattent du lieu et de la date). Mais c'est en 988 que Vladimir Ier en fait la religion du pouvoir. Selon la Chronique des temps passés, il se fait baptiser à Chersonèse, en Crimée, épouse Anne Porphyrogénète, sœur des empereurs Basile II et Constantin VIII, puis fait baptiser les habitants de Kiev dans le Dniepr (fleuve qui coule à Kiev, capitale de l'Ukraine). Cette chronique n'a été mise en forme qu'au début du XIIe siècle : son récit, très proche de la légende, est donc à lire avec prudence, et les historiens débattent encore de plusieurs détails (lieu et officiant du baptême, chronologie exacte).

Au Xe siècle, l'Église de la Rus' naissante est rattachée au patriarcat de Constantinople et dirigée par un métropolite. Des clercs et des moines venus du monde grec contribuent à former le clergé local, à introduire les rites, le droit canonique et l'art religieux byzantins. La liturgie est célébrée en slavon d'église, langue liturgique slave, ce qui rend les textes plus accessibles aux fidèles que dans un cadre grec ou latin. Le christianisme s'installe peu à peu et coexiste longtemps avec des croyances et des pratiques plus anciennes, ce que les sources appellent parfois la « double foi ».

Le monachisme joue un rôle central dans cette Église naissante. Au XIe siècle, le moine Antoine, qui a connu l'Athos, s'établit dans des grottes près de Kiev, puis Théodose organise une communauté vivant en commun : c'est l'origine de la Laure des Grottes de Kiev (Petchersk), à la fois foyer de prière, centre d'écriture et lieu de formation. Parmi les figures de sainteté valorisées figurent aussi les princes Boris et Gleb, fils de Vladimir, assassinés lors des luttes de succession et vénérés pour avoir refusé la violence, ainsi que les « fols en Christ » (iourodivy), qui choisissent volontairement la pauvreté et une conduite déconcertante pour dénoncer l'orgueil et l'hypocrisie.

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Au fil des siècles, l'organisation de l'Église en Ukraine évolue au gré des rattachements politiques : tutelle de Constantinople, puis rivalités entre Moscou, la Pologne-Lituanie et les autorités locales. Le 15 décembre 2018, un concile d'unification réuni à Kiev crée l'Église orthodoxe d'Ukraine ; le 6 janvier 2019, le patriarche œcuménique Bartholomée lui remet le tomos d'autocéphalie, document qui reconnaît son indépendance. Cette décision est reconnue par Constantinople et par plusieurs Églises, mais contestée par le Patriarcat de Moscou. Il faut donc distinguer l'Église orthodoxe d'Ukraine de l'Église orthodoxe ukrainienne qui était liée historiquement à Moscou, et qui a proclamé le 27 mai 2022 sa « pleine autonomie et indépendance », sans se déclarer autocéphale.

Aujourd'hui, les églises et monastères orthodoxes font partie des principaux lieux de visite du pays et sont ouverts aux voyageurs, dans le respect des offices et des usages (tenue sobre, discrétion pendant la liturgie). Visitez les différents édifices de la ville de Kiev pour découvrir les nombreuses églises orthodoxes de la ville.

Questions fréquentes

Quelle est la religion principale en Ukraine ?

La religion principale en Ukraine est le christianisme orthodoxe. L'Ukraine possède sa propre église orthodoxe autocéphale, distincte de l'église orthodoxe russe, bien que les deux traditions partagent des racines communes dans le christianisme byzantin.

Quelle est la différence entre l'orthodoxie et le catholicisme ?

Les principales différences concernent l'autorité du pape (non reconnue par les orthodoxes), le Filioque dans le Credo, le pain levé de l'eucharistie, la possibilité d'ordonner des hommes mariés comme prêtres et l'absence de doctrine du purgatoire. Le schisme de 1054 en est le symbole, mais la rupture s'est faite sur plusieurs siècles.

Comment le christianisme est-il arrivé en Ukraine ?

Le christianisme byzantin est devenu la religion officielle de la Rus' de Kiev en 988, sous le prince Vladimir, qui s'est fait baptiser et a épousé Anne Porphyrogénète, sœur des empereurs Basile II et Constantin VIII (les sources diffèrent sur l'ordre exact et sur le lieu du baptême), puis a fait baptiser les habitants de Kiev dans le Dniepr. L'Église a d'abord dépendu du patriarcat de Constantinople.

Quel rôle joue l'ascétisme dans l'orthodoxie ukrainienne ?

Le monachisme occupe une place importante dans l'orthodoxie ukrainienne, héritée de Byzance : prière, jeûne et vie en communauté ou en ermitage. La Laure des Grottes de Kiev, fondée au XIe siècle autour des moines Antoine et Théodose, en est l'un des grands témoins.

Peut-on visiter des églises orthodoxes en Ukraine ?

Oui, l'Ukraine possède de nombreuses églises orthodoxes ouvertes aux visiteurs, notamment à Kiev avec la cathédrale Sainte-Sophie, la Laure des Grottes (Pechersk Lavra) et de nombreux autres édifices religieux historiques dans tout le pays.